14 Apr

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Le Regroupement des Éditeurs Franco-Canadiens (REFC)
par Alice Côté Dupuis
4 avril 2018

Vision poétique d’un endroit atypique

Partenaires dans la vie comme dans la création, les poètes Daniel H. Dugas et Valérie LeBlanc se spécialisent dans la vidéo-poésie depuis le milieu des années 1980. C’est en utilisant les images et le texte pour dire et évoquer que le couple nous propose un voyage poétique dans le Parc national des Everglades, aux États-Unis, dans Everglades, un ouvrage qui n’a toutefois rien du guide touristique, paru aux Éditions Prise de parole.

Les Everglades, en Floride : l’un des plus grands parcs nationaux des États-Unis, avec ses 1,5 million d’acres; une véritable rivière d’herbes à l’écosystème fragile, une zone humide importante où un système de rivières coule vers le sud-ouest de l’État. Il y avait certainement là de quoi inspirer au tandem Dugas-LeBlanc de nombreux textes et aussi, beaucoup d’images. C’est en juillet 2014 que les deux s’y rendent la première fois, après avoir été acceptés comme artistes en résidence; mois durant lequel ils multiplieront les explorations, tantôt avec une botaniste, tantôt avec un hydrologiste, toujours en étant impressionnés par la grandeur et la beauté de la nature.

Après avoir exploré l’ensemble du Parc, ce qui nous avait interpellé, c’était vraiment la présence humaine dans le paysage, que ce soient les interventions qui ont été faites au niveau de la canalisation, comme à Chekika, ou encore dans le milieu du Parc, où on retrouve par exemple une base de missiles construite dans les années 1960 durant la crise des missiles de Cuba, raconte Daniel H. Dugas, visiblement vivement marqué par cette expérience hors de l’ordinaire. Au terme de ce mois d’exploration, le couple a réalisé douze vidéo-poèmes ainsi que douze marches sonores qui sont disponibles pour écoute en ligne, sur le web, et après, on s’est dit que le but, ce serait de faire un livre avec tout ça, parce qu’on mélange images et textes, et le livre permet de véhiculer l’ensemble du projet d’une belle façon.

Leur inspiration est donc surtout venue de la présence humaine, mais aussi de la métaphore du marais, qui a toujours eu une connotation négative (en anglais, quand on est super occupés, on dit qu’on est swomped ou en français, tu as tellement de travail que tu es submergé) mais qui, raconte le poète, est au fond l’une des plus grandes éponges naturelles qui filtre l’eau. C’est vraiment important et incroyable en même temps, alors on a voulu jouer là-dessus, sur la métaphore du marais, du marécage, mais on a aussi voulu souligner l’influence de l’être humain sur la nature. Mais je crois que malgré tout, il y a aussi l’aspect de la vivacité et de la résilience de la nature qui ressort dans le livre, ajoute celui qui a été marqué par l’immensité du lieu, qu’il qualifie de grande force de la nature sur la planète.

Dans le livre, l’accent est sur les images et les textes qu’on a fait, mais surtout sur les liaisons entre les deux. C’est poétique, nous rappelle Valérie LeBlanc, qui elle, a été frappée par la grande paix et la tranquillité qu’elle a retrouvées dans cet environnement particulier, où beaucoup d’animaux – dont plusieurs dangereux, comme des pythons – rôdent aussi. Les artistes, comme les poètes qui utilisent des mots qui sont dans le dictionnaire, utilisent du visuel qui existe dans la nature et les transforment pour dire des choses, comme les poètes transforment des mots pour aussi dire des choses, illustre Daniel H. Dugas pour expliquer leur travail de surimpression et de transformation des images dans leurs vidéo-poèmes.

Pour le tandem, l’image, tout comme le mot, suggère et évoque : les métaphores et autres procédés existent aussi dans l’art visuel. Nous sommes tous les deux impliqués dans le texte et l’image, depuis plusieurs années; c’est notre spécialité. Les mots amènent des images aussi, avance Valérie LeBlanc, tandis que son partenaire insiste sur l’interrelation entre le texte et l’image dans leur œuvre : entre le texte et l’image, il y a toujours un va-et-vient de l’œil, et aussi de l’imaginaire. Les deux se complètent, s’entrecroisent, se propagent; il y a quelque chose qui se passe au niveau de l’interaction entre les deux. Daniel H. Dugas trouve d’ailleurs que c’est là que réside l’intérêt pour le lecteur : le fait de devoir, en quelque sorte, remplir les cases blanches entre le texte et l’image et imaginer les morceaux qui manquent.

Cité en exemple, le vidéo-poème The Hole in the Donut, à propos d’une forêt d’une trentaine d’acres dans le Parc national qui a été rasée jusqu’à la roche en raison d’une espèce envahissante qui a fait des dommages au lieu, pour lequel Dugas et LeBlanc ont surimprimé des images de topiaires – des animaux sculptés dans de la verdure – qui surgissent de la roche pour prendre position sur un terrain qui semble hostile. Ça représente l’interférence humaine, le changement que les humains veulent imposer sur la nature, explique Valérie LeBlanc, avant de citer un autre exemple : le texte La mort le matin, écrit à la mémoire du premier garde forestier du Parc à protéger les oiseaux à plumes, en raison du braconnage au début du XXe siècle. En prenant des images sous-marines de la baie de la Floride et en surimprimant des images de femmes avec des chapeaux de mode à plumes, la paire envoie un message plutôt clair.

Sur La dernière panthère, une des marches sonores de cet ouvrage bilingue français-anglais, les deux posent aussi des questions sur l’existence des humains en parallèle avec celle des animaux sauvages, et comment on négocie la présence de chacun. Finalement, si Everglades n’est pas un guide touristique, il est certain qu’il permet néanmoins de découvrir d’un point de vue très singulier cet endroit atypique, et de faire réfléchir le lecteur à l’importance de la diversité humaine et naturelle. Mais ce que Valérie LeBlanc souhaite que leur livre évoque, c’est surtout que l’environnement a beaucoup à offrir. Il faut prendre le temps de tout voir réellement; c’est important d’être vraiment là, dans le moment présent, d’observer et de s’imprégner.

L’ouvrage de poésie texte-images Everglades, de Daniel H. Dugas etValérie LeBlanc, est paru aux Éditions Prise de parole.

 

http://refc.ca/56-everglades-de-daniel-h-dugas-et-valerie-leblanc/

 

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About Valerie LeBlanc


Originally from Halifax, Nova Scotia, pluri-­disciplinary artist and writer Valerie LeBlanc has worked in Canada, the United States, Europe, and Australia. Her creations travel between poetry, performance, visual and written theory. Valerie LeBlanc has been creating video poetry since the mid 1980’s, and is the creator of the MediaPackBoard (MPB), portable screening / performance device.

L’artiste pluridisciplinaire Valerie LeBlanc est vidéaste, poète, performeuse et essayiste. Son travail oscille entre le remarquable et le quotidien. Elle a exposé ses œuvres en Europe, en Australie et au Brésil. Elle crée des vidéopoèmes depuis le milieu des années 1980 et a inventé le MediaPackBoard (MPB), un appareil de projection mobile pour la performance.

Everglades
À partir de leur exploration du parc national des Everglades, Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc cartographient dans cet essai poétique les effets de la présence humaine sur le milieu naturel, les traces qu’elle y dépose. Everglades est une ode à la beauté, à la fragilité et à la résilience d’une nature aux prises avec une espèce envahissante, la nôtre.

Everglades
Through their exploration of the Everglades National Park, Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc document, in this poetic collection, the effects of human presence in the natural world and the traces left behind. Everglades is an ode to the beauty, the fragility and the resilience of nature faced with the invasiveness of a particular species, ours.

Date : Mars 2018
Genre : Poésie
Collection : Poésie
ISBN : 9782897441029
Français/English

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http://www.prisedeparole.ca/auteurs/?id=1264

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